On croit souvent qu’il est sain et normal de se mettre en colère.
Ça soulage», dit on. Mais il convient d’examiner la question de plus près.
Tout comme la cigarette, l’alcool, la drogue et la nourriture trop riche, la colère peut devenir une mauvaise habitude. Elle ne nous fait pas de bien. Et je dirais même: elle n’est pas naturelle.
Dans les premiers temps de l’histoire des hommes, s’est il trouvé beaucoup de situations appelant la colère?Je ne le crois pas. Appelant l’angoisse, oui, ou la frustration, quand la dernière flèche manquait la cible, mais pas la colère. La colère survient quand on a le sentiment d’avoir été trompé. Or, pendant des dizaines de milliers d’années, nous n’avons eu affaire qu’à notre mère Nature, et la nature ne trompe jamais. Elle peut faire des choses dont nous nous passerions volontiers, mais elle ne trompejarnais. Ce sont les hommes qui trompent. Et parfois aussi les services informatisés. Et ce n’est que tout récemment que nous avons commencé à avoir affaire aux hommes et aux services informatisés.
Il faut donc renoncer à l’idée que la colère est saine et naturelle, d’autant plus que si on trouve qu’elle soulage», cela signifie d’abord qu’on a accumulé antérieurement une certaine pression qu’il a fallu extérioriser. Mais il y a plus grave. Plus on est en colère, et plus on risque de se tromper soi même; en quoi cela pourrait il être sain? Le calcul statistique le plus élémentaire vous démontrera sans peine que ces conducteurs du dimanche, ces serveurs, ces secrétaires, ces relevés de banque contre lesquels on s’emporte si facilement ne peuvent pas tous avoir tort. Quand vous avez un accès de colère, vous êtes en fait en dehors de la réalité, en dehors de la réalité de votre environnement comme de votre propre réalité. Vous vous sentez trompé parce que vous vous trompez sur ce que vous êtes en droit d’attendre. Et cette attitude, parce qu’elle est génératrice de stress, est malsaine.
Dans son livre Anger: How to Recognize and Cope with it (Comment identifier et traiter la colère)  Charles Scribner’s Sons, 1972  le Dr Leo Madow définit la colère comme «une forme d’énergie qui, si elle est contenue, peut affecter n’importe quelle partie de l’organisme». Migraines, ulcères, problèmes digestifs, troubles respiratoires, éruptions cutanées, arthrite, hypertension, crises cardiaques, problèmes psychiques divers sont autant de maux qui peuvent surgir si l’on retient en nous cette énergie.
Mais donner libre cours à la colère n’est pas la solution, car il s’agit ensuite de recoller les pots cassés et de tout reprendre à zéro.
Non, il faut éviter la colère. Si vous vous comportez calmement dans les moments difficiles, votre attitude imposera le respect. Vous prouverez qu’au lieu d’être en dehors de la réalité, vous êtes au contraire conscient de cette réalité. Vous prouverez également que vous avez un sens élevé de la justice et que vous savez comment la réclamer.
Tout cela est fort beau sur le papier. Mais c’est une tout autre chose quand vous rentrez chez vous après une dure journée de travail, que le carnet de notes de votre fils est exécrable et que la cuisinière est en panne. Vous oubliez alors vos bonnes résolutions et l’orage éclate.
«Il n’existe pas de solution toute faite au problème de la colère, affirme le Dr Madow; il est lié à un trop grand nombre de facteurs.» Mais ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait rien à faire.
Le Dr Madow suggère quatre mesures, auxquelles nous avons ajouté une cinquième: être en forme. Quand vous aurez lu ces mesures, vous comprendrez pourquoi.
Premièrement, sachez admettre que vous êtes en colère. Cela peut sembler facile, mais ça ne l’est pas. «Nous pouvons nous sentir trop coupable ou pas assez sûr de nous pour admettre que nous sommes en colère.» Nous pouvons exprimer cette colère sous forme de sarcasmes ou de dépression, de tension ou d’insomnie. La colère peut adopter de multiples déguisements.
Deuxièmement, quand vous avez admis que vous êtes en colère, essayez de trouver contre qui ou contre quoi. Votre patron? Comme cela pourrait poser des problèmes, vous préférez peut être vous retourner contre votre famille… Il n’est pas facile de déterminer le véritable objet de sa colère, cela peut même parfois se révéler dangereux. Mais c’est indispensable si on veut réellement retrouver son calme.
Troisièmement, il faut savoir pourquoi on est en colère, ce qui n’est pas facile non plus car on s’aperçoit souvent que la colère ne dépend d’aucun motif réel. «Nous éprouvons souvent de la colère parce que nous avons pris à notre compte quelque chose qui n’avait rien à voir avec nous personnellement.» Le mauvais carnet de notes de notre fils. Un conducteur maladroit.
Enfin, quatrièmement, adopter une attitude conséquente qui soit réaliste. Mais une fois que vous avez admis l’existence de votre colère et identifié son destinataire et sa cause, cela ne pose plus de problème. Pourquoi casser une assiette qui ne vous a rien fait et qui est très pratique alors que c’est sur la tête de votre directeur que vous auriez aimé taper?
Comme vous le voyez, venir à bout de la colère nécessite de savoir faire des compromis, ce qui est un comportement d’adulte. Lorsque nous étions enfants, parce que nos besoins étaient simples, nous pouvions obtenir ce que nous voulions et quand nous le voulions. Mais à mesure que nos besoins se sont compliqués, le processus à mettre en oeuvre pour les satisfaire s’est compliqué d’autant.
«Devenir adulte implique une limitation croissante de la satisfaction directe et immédiate de nos besoins», explique le Dr Madow. En tant qu’adultes, nous devons tenir compte autant des besoins des autres personnes que des nôtres. Nous devons accepter des responsabilités que nous n’avons pas demandées. Nous devons faire des concessions. Tout cela nous aide à être heureux, et c’est là qu’intervient la nécessité d’être en forme.