L’âme humaine a beau être irréductible, elle est tout de même humaine. Elle a périodiquement besoin de se revigorer. Plus vite nous nous en apercevons et mieux cela vaut. Le Dr Ronald R. Fieve, psychiatre de New York et auteur de Moodswing: The Third Revolution 1 Psychiatry (Les états d’âme, troisième révolution en psychiatrie) Bantam 1976  , estime que 15 à 20 p. cent des adultes souffrent d’une forme quelconque de dépression.

Et peut être les riches plus que les pauvres, les ambitieux plus que les paresseux.

Nos vedettes bien connues seraient probablement affligées d’apprendre que les psychiatres appellent actuellement la dépression, la «maladie du succès».

Et pourquoi le succès déprimerait il?

Pour les mêmes raisons que l’échec; les deux sont des sources de stress. Ils nous obligent de nous poser certaines questions sur nousmêmes: qui sommes nous, où allons nous, pourquoi y allons nous et est ce que cela en vaut la peine?

Peut être serez vous soulagé d’apprendre qu’Abraham Lincoln, Theodore Roosevelt et Winston Churchill avaient tous, souvent, des accès de dépression.

Cependant, ils essayaient, comme nous tous, de les combattre. En fait, la dépression peut, et devrait être considérée comme un agent révélateur, «l’occasion pour une personne de mieux se connaître, et de devenir plus authentique qu’elle ne l’était», dit le Dr Frederic F. Flach dans The Secret Strength of Depression (La force secrète de la dépression)  J.B. Lippincott, 1974.

»Il est grand temps qu’on reconnaisse non seulement l’ubiquité de cette maladie mais aussi le fait qu’elle est contagieuse, dit le Dr Flach, et qu’on comprenne que la dépression n’est pas seulement la manière courante de réagir au stress   réaction qui demande parfois des soins médicaux   mais aussi, une fois acceptée, l’occasion unique pour des millions d’entre nous de nous redéfinir et de résoudre de vieux conflits destructeurs qui résident aussi bien en nous mêmes que dans notre environnement.» La dépression, en d’autres termes, peut nous fournir, comme son nom le suggère, l’élan nécessaire pour faire un bond en arrière. Si nous savons la prendre en main.

Dépression aiguë et dépression chronique

La dépression a deux formes: aiguë et chronique. La dépression aiguë peut surgir d’un conflit de travail, d’une dispute avec le conjoint, d’un accrochage de voiture, du décès d’un être proche. En d’autres termes, la dépression aiguë a une cause spécifique et identiLlf et elle est proportionnelle à la gravité de l’élément qui l’a déclenchée.

La dépression chronique, elle, peut sembler disproportionnée par rapport à la gravité de la cause; elle peut même n’avoir aucune cause apparente. Elle résulte de dépressions aiguës accumulées au point que leurs causes s’obscurcissent. Les symptômes peuvent être l’insomnie, la lassitude, le manque de respect de soi, le retrait du monde, la difficulté de prendre des décisions et la tendance à remettre les choses à plus tard. Elle est difficile à diagnostiquer, selon le Dr Flach, car elle peut sembler faire partie du tempérament de la personne plutôt qu’être une attitude temporaire.

La différence la plus significative entre ces deux formes de dépression, c’est que la dépression aiguë ne peut pas être évitée alors qu’il faut à tout prix éviter la dépression chronique.

»Contrairement à la dépression aiguë qui permet l’introspection, la dépression chronique est presque toujours débilitante et complique la vie du malade de façon souvent irrémédiable, tout en étant la plupart du temps irréversible», nous prévient le Dr Flach. Il faut donc liquider nos dépressions aiguës aufur et mesure de leur apparition pour qu’elles ne deviennent pas chroniques.

Au moyen de l’analyse psychologique, qui parfois, au prix dc grandes douleurs, nous force à affronter les dépressions aiguës et à chercher leurs causes.

Pour y parvenir, la plupart des psychiatres et psychologues recommandent la verbalisation. En effet, dès le moment où nous sommes envahis par des sentiments de dépression, il est préférable d’en parler à son conjoint, à un ami ou à un conseiller professionnel.

Même si l’expérience est plus douloureuse, on combat mieux la dépression si on l’affronte rapidement et directement. Et l’introspection qu’on peut effectuer grâce aux avis d’un tiers nous permet souvent de remettre à sa place une dépression aiguë. Il faut apprendre à vivre en contact direct avec ses émotions jour après jour, dit le Dr Flach. Une souplesse et une imagination toujours croissantes nous permettent de nous sentir moins offensé et blessé, sentiments provoqués par l’orgueil.

Cependant, ce que nous pouvons faire surie plan physique pour éviter la dépression chronique est encore plus encourageant. Les études montrent que, pour beaucoup de gens, la dépression chronique est entraînée par une modification de la chimie du cerveau, modification qu’on peut entraver par une saine alimentation.

Le rôle de la nutrition

«En étudiant les opérations neurophysiologiques effectuées sur le cerveau, on a mis en évidence le fait qu’une personne déprimée peut présenter des altérations du métabolisme des substances… qui affectent la transmission des impulsions à l’intérieur du système nerveux», dit le Dr Flach. L’une de ces substances c’est la sérotonine, et sa formation est favorisée par le tryptophane (amino acide des protéines), la vitamine B6 et la niacine.

Le Dr Harvey Ross, auteur de Hypoglycemia: The Disease Your Doctor Wont Treat» (l’hypoglycémie   une maladie que votre médecinne traitera pas)  Pinnacle, 1980   recommande à la plupart de ses malades souffrant de dépression de prendre une bonne vitamine du complexe B, deux ou trois fois par jour, après les repas. «Il est très difficile de recommander une posologie plus précise, dit il, car les malades sont tous différents.

Il y a deux autres substances qui, pense t on, jouent un rôle important dans la dépression: le calcium et le magnésium. Le Dr August F. Daro, obstétricien/gynécologue de Chicago, nous a récemment fait part de son succès dans le traitement de ses malades déprimées (surtout pendant la période qui précède les règles) grâce à l’administration de 200 mg de magnésium et 400 mg de calcium par jour.

L’alimentation peut également aider à guérir la dépression, particulièrement si on tient compte du fait que «les gens déprimés mangent mal», dit un médecin. On pense que la perte de l’appétit, et les troubles d’ordre nutritionnel qui en résultent, peuvent provoquer la dépression comme elles peuvent en être les symptômes. Si on ajoute à la perte d’appétit du déprimé le fait qu’il a tendance à abuser du café et de l’alcool   deux substances qui épuisent les stocks de vitamine B de l’organisme   on s’aperçoit qu’il y a réellement un problème de nutrition dans le cas de la dépression.

Le rôle de l’exercice

L’exercice à lui seul ne saurait guérir la dépression, mais il peut vous aider à vous mettre dans l’état d’esprit qui vous permettra de trouver la solution appropriée. Les hommes de science ont découvert que l’exercice vigoureux encourage la libération de certaines substances du cerveau, les endorphines qui, du point de vue de leur constitution chimique, sont similaires à la morphine et sont antidépressives. Leurs effets sont également similaires, comme peut l’attester toute personne qui a déjà éprouvé l’euphorie du coureur.

Même si la dépression a la réputation d’être un problème mental, une bonne condition physique peut aider à sa guérison. Dans la Grèce antique, on savait déjà que le corps et l’esprit sont d’égale importance dans ce cas.